BO du Blog

jeudi 14 février 2013

Echapper au déclin : dette, rembourser ou pas ?

J'ai commencé un petite synthèse à ma sauce de l'état économique de la France. L'idée était de sortir de l'aspect négatif, critique voire volontiers imprécateur qui avait caractérisé ma prose à la fin de 2012 pour travailler sur un état des lieux moins "impressionniste" avec l'aide active et l'oeil très acéré de Jean Bourdariat et d'Elodie Brun du site Humandee qui m'ont aidé à la fois à formaliser cette synthèse, à articuler les arguments, à challenger les hypothèses et les constats ainsi qu'à apporter des compléments.

Vous trouverez la partie 3 (rembourser ou pas la dette ?) et la partie 4 (Remettre l'économie française sur ses rails), fraîchement publiés sur le site Humandee. Certes, la partie 4 me laisse un goût de "revenez-y" qui appellerait une partie 5 (non rédigée à ce jour) plus fouillée en explorant plus opérationnellement les pistes disponibles pour s'en sortir, les moyens et les conséquences (liste non exhaustive) :
  • Tenter de recréer un peu d'inflation (la difficulté étant dans le "un peu", cf la fameuse comparaison du "tube de dentifrice") pour éroder la dette. Une version light de l'"euthanasie des rentiers" obtenue par exemple en désindexant les pensions de retraite de l'inflation (sujet déjà mis sur la table par le gouvernement)
  • Promouvoir la créativité, l'envie, la jeunesse au détriment des situations acquises. Ca ressemble à un thème principal de la campagne de F.Hollande sauf qu'il n'y avait pas grand chose en face. La France d'aujourd'hui favorise le CDI vs CDD/Interim, vieux vs jeunes, patrimoine vs début dans la vie, propriétaires vs accédants, rentes vs création. Pas question évidemment de démolir le CDI ou d'envoyer les vieux ad patres dans le dénuement mais de changer le système pour laisser la place aux jeunes, aux non-diplômés, à ceux dont le capital de départ n'est pas conséquent. A la seule condition qu'ils aient l'envie, la créativité, le talent et qu'ils travaillent pour développer tout cela. 
  • Faire de la "vraie" création monétaire au niveau de la BCE comme le font la Fed ou la BoE et racheter des titres de dette nationale avec (comme l'a fait massivement la Fed). Bref, rayer une partie de la dette d'un trait de plume. Les incidendes économiques sont nombreuses (avec un lien possible avec le retour de l'inflation) mais les conséquences sont surtout politiques : l'Euro étant la monnaie de 17 pays, à qui profiterait la manoeuvre ? Au détriment de qui ? Les allemands craignent bien sûr que le profit soit pour le Sud et la paume pour eux (avec les autrichiens ou les hollandais)
  • Faire un défaut sélectif, en faisant tomber le tabou de l'intangibilité du remboursement de la dette, chose impensable pour un grand pays occidental (la France ne se voit pas comme l'Argentine, l'Islande ou la Grèce) et repoussoir absolu pour l'Allemagne. L'objectif serait d'effacer une partie de la dette en "spoliant" une partie des prêteurs de façon à retrouver une marge de manoeuvre budgétaire (en clair, revenir à l'équilibre et cesser d'alimenter la spirale de la dette). Mais il faudrait arriver à une spoliation sélective intelligente qui fasse en gros payer les plus fortunés des épargnants (un impôt exceptionnel) sans dissuader ceux-ci de continuer à prêter au pays. Le tout en ne générant pas un aléa moral qui fasse que les gouvernants ré-empruntent illico et se retrouvent dans la même situation 10 ans plus tard. Ce reset doit être le point de départ d'une nouvelle gouvernance économique française européenne, sans quoi la défiance des épargnants (et des citoyens) sera assurée. Faisons table (un peu) rase et recommençons mais autrement.
  • Redéfinir le modèle social et le périmètre d'action de l'Etat, ce qui ne veut pas dire privatiser à tout va ou "casser les services publics" mais se concentrer sur l'essentiel, le faire bien, le faire mieux, le faire plus équitablement. Le "compromis social" actuel date de la Libération, il est nécessaire de le repenser, de l'adapter en profondeur et de cesser de le "patcher" sans fin, de complexifier en rafistolant avec des bouts de ficelle. Il faudrait notamment, pour assurer une meilleure équité et surtout une meilleure cohésion sociale, avoir un système moins corporatiste (les centaines de régimes de retraite en sont un bon exemple) et plus universel. Cela prend 10 ans, et doit faire l'objet d'un accord entre les parties de gouvernement sans quoi ce bouleversement majeur est impossible à mettre en oeuvre
  • Repenser le modèle européen qui agit sur le mode technique et éventuellement tactique mais jamais stratégique. Définir ce que nous voulons être d'ici 2040 (une génération) et qui est le "nous" ? Ensuite viendra le "comment" et les solutions techniques. Si l'Europe n'est pas capable de proposer une vision et de produire des symboles, le "citoyen européen" ne verra pas le jour, les "égoïsmes nationaux" (ou plutôt les intérêts nationaux, "égoïsme nationaux" est un jugement de valeur mais le fait que chaque pays tire la couverture à lui est-il un égoïsme ou simplement le symptôme d'une Europe dysfonctionnelle ?) prendront le dessus, les mouvements populistes fleuriront et l'Europe volera en éclat. Ou pire ...
A suivre donc ...

dimanche 3 février 2013

L'euro et moi : devenir un "homme" pendant la construction européenne

En 1992, quand on nous a demandé de voter pour le référendum de Maastricht, j'avais 20 ans, je venais d'acquérir le droit de vote. Si je me souviens bien, c'était même ma première occasion d'en faire usage et je ne l'ai pas fait. A 20 ans, on a d'autres préoccupations et puis je ne voyais pas trop l'enjeu. On martelait que l'Europe était la seule solution, que nos pays devenaient des puissances plus que moyennes face aux grands blocs, que l'"Union faisait la force". Je concevais assez bien que l'Union fasse la force, mais après tout nous étions uni dans Airbus et ça marchait déjà pas si mal. Nous aurions pu avoir une défense commune qui nous aurait rendu plus crédible vis-à-vis des USA mais il n'en était pas question. Bref, j'ai passé mon tour.

Quelques années plus tard, nous sommes passés à l'Euro. Non sans débats mais sans référendum cette fois. Tout avait été décidé à Maastricht, ce que je n'avais pas forcément vu à l'époque, plus préoccupé par mes libations nocturnes estudiantines. J'avais presque 30 ans et j'étais au ski quand, à minuit passé de quelques minutes, j'ai retiré mes premiers euros tout craquants. C'était moche mais marrant. Des gestes quotidiens aussi bêtes que payer à la boulangerie devenaient une nouveauté, comme quand on allait en Espagne quelques années plus tôt et qu'il fallait chercher les pesetas au fond des poches de son jeans taillé en short. A l'inverse, les voyages en Espagne et en Italie perdraient de leur exotisme. J'étais un peu plus intéressé par l'économie. On nous resservait toujours la même soupe "Ensemble, plus forts !" mais aussi que la monnaie unique serait un fantastique rempart, un bouclier contre la mondialisation qui commençait à se faire menaçante. Au-delà de ces belles formules de principe, mais totalement creuses, je ne trouvai personne pour m'expliquer plus "techniquement" la chose. Oui, l'euro allait peut-être peser un peu contre le dollar, devenir une monnaie de réserve mais nous allions surement pour au moins 20 ou 30 ans encore continuer à payer notre gaz et pétrole en dollar. Bref, de bénéfice immédiat, personne ne m'en trouva. A part que j'allais pouvoir aller en vacances en Italie sans changer de l'argent, ce que je trouvai plutôt tristouille, de même que l'absence des cabines de douane italienne, avec les douaniers transalpins fringués comme pour un bal costumé. On passait désormais vers Vintimille en glissant à 150 kmh sur l'autoroute.

En 2005, nouveau référendum. Cette fois, l'euphorie n'est plus vraiment de mise autour de moi. Mais j'ai d'autres préoccupations. J'ai 33 ans, j'ai monté une boîte, elle marche pas mal mais je suis en désaccord avec mon associé, je la revend une bouchée de pain à une autre boîte dont le PDG m'apparaît fort sympathique, plein de vision et qui me propose d'être embauché dans sa boîte, à défaut de savoir quoi y faire. Fin d'un aventure, début d'une autre. Je suis de moins en moins convaincu par cette histoire de "ensemble, plus forts". Décidément, ma carrière est orientée vers les TPE/PME, le "Small is beautiful". Evidemment, pour grossir, il faut collaborer, faire des partenariats mais gros n'est pas synonyme de plus efficace. Le Traité de Rome ? La guerre ? c'est loin pour moi mais en 1995, mon grand-père meurt. Il a été prisonnier 5 ans en Allemagne, a connu le Stalag. On me dit que l'Europe a été conçu pour ne plus jamais avoir la guerre sur le continent. Certes, mais 3 ans plus tôt, il y eut quand même une guerre dans les Balkans que nous n'avons pu traiter sans les américains. Certes, la réconciliation  franco-allemande est une avancée civilisationnelle majeure. Mais ne peut-on être seulement "amis" pour être en paix ? Est-il nécessaire en plus de cohabiter, d'être marié, de coucher ensemble ? A trop embrasser, ne risque-t-on pas de mal étreindre ? Et de générer de nouvelles tensions ?

Bref, j'ai d'autres choses en tête et ce référendum me semble mal venu, il est illisible. A la même époque, je lis l'histoire des US par André Kaspi. La constitution des USA est en annexe, je la lis, elle fait quelques pages, c'est clair, limpide. But, stratégie, moyens. Le traité européen est un bordel sans nom qui intègre les anciens traités, il n'y a pas de début, de fin, c'est imbitable. Moi qui suis un gros lecteur, je ne prends même pas la peine de l'acheter. Personne ne songe à définir une stratégie pour l'Europe : pourquoi est-on ensemble ? Que veut-on faire ? Avec qui ? On parle d'intégrer la Turquie, la Russie a explosé, pourquoi ne pas récupérer ses satellites ? La Russie elle-même ? De l'Atlantique à Vladivostok ... Je ne vote pas, à quoi bon, de toute façon, le traité est adopté, le peuple a voté pour du beurre, les Pays-Bas et l'Irlande ont aussi voté "non" mais les dirigeants pensent qu'ils doivent guider un peuple pas assez éclairé vers ce qui est bon pour eux. De toute façon, l'économie va bien, les taux d'intérêts sont au plancher partout en Europe, les Etats s'endettent, les Grecs arrosent leurs fonctionnaires, "oublient" de faire payer les impôts et truquent leurs comptes, les espagnols bétonnent leur pays, tout le monde ferme les yeux. 

La crise éclate, je travaille désormais comme Directeur Financier, je m'intéresse de plus en plus à l'économie et je commence fin 2009 à tenir un blog économie pour Libé. Je suis plus que sceptique sur la conduite de l'Europe. Face à la tourmente, les dirigeants combattent, de sommet de la dernière chance en sommet de la dernière chance, le feu par le feu. Trop de dettes nationales alors on bâtit des "machins" (MES, FESF) pour contracter encore plus de dettes. L'Europe interdit le Di-Antalvic en France parce que les anglais et les suédois se suicident avec (mais pas les français) et laisse l'Irlande faire du dumping fiscal. Il n'y a toujours pas de stratégie, l'Europe ressemble de plus en plus à un poulet sans tête qui court de plus en plus vite. Les thuriféraires de l'euro comme Bernard Guetta ou Jean Quatremer soulignent l'extraordinaire résilience de l'Europe qui se remet de tous les mauvais coups. C'est vrai mais pour aller où ? vers quoi ? L'euro, qu'on nous a vendu comme une machine à faire converger les économies a agi comme une gigantesque centrifugeuse. Les pays du Sud (France compris) ont toujours été plus laxistes mais ils utilisaient la dévaluation pour faire un reset de temps à autre. Cet instrument disparu, il n'y a plus de forces de rappel et les déficits commerciaux intra-communautaires sont devenus abyssaux. Le fossé se creuse entre un Nord productif et un Sud consommateur. La Grèce ne pouvant dévaluer, on la force à faire un ajustement réel en baissant ses salaires et ses retraites. On la met à genoux et ma peur du "qui trop embrasse mal étreint" se réveille quand je vois des grecs défiler avec des croix gammés et la photo de Merkel. A forcer des peuples à fusionner à marche forcée, ne risque-t-on pas de recréer des tensions qu'on avait voulu voir disparaître à tout  jamais du continent ?

J'ai maintenant 40 ans et quel avenir pour l'Europe ? Toujours pas de stratégique, juste des tactiques rafistolées au fur et à mesure. "Plus forts ensemble ?". Oui ce serait vrai pour la politique étrangère où, justement, les européens restent divisés (le Mali en est un bon exemple). Pourquoi ne pas bâtir un grand consortium européen de l'énergie sur le modèle d'Airbus où la France serait leader sur le nucléaire, où l'on pourrait allouer des budget significatifs sur les énergies vertes (Allemagne en tête) et négocier ensemble les prix du gaz avec la Russie ? Visiblement pas possible, les intérêts nationaux restent les plus forts. Les peuples sont tenus à l'écart du processus et les populismes montent inexorablement partout en Europe. Là encore, le spectre des nationalismes qu'on avait réussi à chasser durablement est revivifié par une Europe dysfonctionnelle. La monnaie est censée être au service de l'économie. Or, toute l'économie européenne semble être devenue au service de sa monnaie. Les grecs ou les portugais sont sacrifiés sur l'autel d'une idée qu'un ministre allemand avait qualifié d'"autoroute sans sortie". On essaie de convertir à toute force les pays du Sud en pays du Nord mais c'est culturellement impossible et on ne fait que condamner ces pays à une génération sacrifiée (voire plus).

On nous cite le modèle américain de transferts entre Etats pour nous dire qu'il serait possible que, durablement, le Nord prospère transfère son argent vers le Sud consommateur. Mais dans un pays "solidement constitué" comme la France, il n'existe aucune étude depuis 30 ans (et encore, les précédentes étaient très embryonnaires) sur les transferts de richesses entre régions. Comme quoi le sujet doit être un poil tabou. Selon le dernier livre de Laurent Davezies, seul l'Ile-de-France serait contributeur nette, toutes les autres régions bénéficiant de la manne francilienne (ce qui peut être un peu en trompe-l'oeil, beaucoup de sièges sociaux déclarant toute leur valeur ajoutée dans le 92 ou le 75 alors qu'elle est créée un peu partout en France). Comment ? Les prospères franciliens paient des impôts pour les pensions ou services publics versés dans le Limousin (une des régions qui en bénéficie le plus). Mais aussi parce que les retraités franciliens s'exilent en masse sur la Côte, transférant leur richesse acquise à Paris au soleil de PACA.

Est-ce cela le modèle européen ? Que les retraités allemands aillent claquer leur argent sur la Costa Brava et à Mykonos pour assurer l'équilibre de l'espace européen ? Que les allemands, autrichiens ou hollandais paient des impôts pour créer des postes de fonctionnaires en Grèce ou en Espagne ? Est-ce cela le sens du budget et du projet européen ? Pense-t-on vraiment que ces peuples l'accepteront longtemps ? Pour cela, il faudrait que les européens se sentent européens. Dans ce post, j'ai décrit ma propre maturation, de 20 à 40 ans. Mais je ne me sens pas plus européen qu'à 20 ans. De culture, je me sens bien plus proche (par la musique  ou la littérature notamment mais aussi par certains idéaux, par le "projet américain" mais si la triviale réalité en est parfois radicalement éloignée) des Etats-Unis que de la Grèce. Ce qui ne veut pas dire que je ne me sens pas proche des espagnols ou des italiens. De là à payer pour eux, il y a un pas ... Je ne demande pas mieux que se me sentir européen. Que l'on me présente un projet et avec qui l'on compte le mener et je pourrai adhérer autant qu'un autre. 

Si l'Europe veut vraiment créer des "Européens", elle doit créer du liant, un sentiment d'appartenance commun. Pour cela, il faut du symbole qui manque cruellement (ce ne sont pas les insipides billets qui font l'affaire). Et surtout un projet, une vision de l'avenir, un espace (quels pays ?), une stratégie à 20, 30, 50 ans qui aille au-delà du rafistolage et de la méthode Coué du "sauvons l'euro". Tant que le deal tient à "serrez-vous la ceinture pour sauver la monnaie commune que les dirigeants ont créé pour votre bien, que vous ne voyez pas mais qui existe (peut-être)", je ne vois pas comment le projet européen peut avancer. J'espère juste que je ne ferai pas le constat amer à 60 ans qu'il ait ramené la guerre sur un continent qui avait presque réussi (Balkans à part) à la chasser.

lundi 28 janvier 2013

Keynes expliqué à ma mère via la thermo et Freud

J'avais ma mère au téléphone l'autre jour qui me dit "on n'arrête pas d'entendre parler de relance keynesienne, de multiplicateur, avec ton père, on ne comprend pas ce que c'est que ce truc. Je me suis dit que, toi qui était branché éco, tu saurais nous expliquer". Challenge donc : expliquer le concept en 10' au téléphone à ma mère. Je décidai d'y ajouter un petit fond de sauce sur la différence entre la vision classique et la vision keynesienne de l'économie et notamment la relation au "rationnel". Pour le multiplicateur, j'ai opté pour une analogie thermodynamique : mon père est prof de thermo à la retraite et ma mère chimiste également à la retraite. En plus, ça s'y prête plutôt pas mal ...

L'économie vue comme un cycle thermodynamique

On va donc dire que l'économie, c'est la modélisation des échanges financiers entre personnes (financier au sens large, disons les échanges non désintéressés). Ces échanges peuvent être vu comme un cycle, par exemple le cycle de Carnot, celui qui modélise ce qui se passe dans un frigo (je ne pousserai pas plus sur la thermo ; j'ai été très bon dans cette matière, surement par atavisme, mais je n'en ai fait qu'un trimestre et c'était en 1990, autant dire il y a une éternité et il ne m'en reste pas grand chose).

Les échanges économiques peuvent aussi êtres vus comme un cycle : besoin (de voiture par exemple) --> achat (de voiture) --> travail pour les salariés du secteur auto --> salaire pour les salariés du secteur auto  --> argent pour ces mêmes salariés qui vont permettre de répondre à de nouveaux besoins (voiture, alimentation, logement, ...). Demande --> Offre --> Demande. On peut voir le cycle sous l'angle Offre --> Demande --> Offre mais c'est au fond la même chose (la roue tourne mais selon la vision on peut voir un sens différent ou un élément moteur différent).

Quand le cycle fonctionne bien, on considère que l'économie "va bien" (croissance régulière ou en tout cas pas de décroissance). Je mets des guillemets car le cycle peut marcher correctement et qu'il y ait du chômage ce qui n'est pas la marque d'un très bon fonctionnement. En cas de crise, l'analyse peut diverger : certains pensent qu'il s'agit d'une crise de l'offre (il n'y pas sur le marché les bons produits aux bons prix, par exemple à cause de rigidités sur le marché du travail), d'autres une crise de la demande (les ménages n'ont pas assez d'argent pour satisfaire leurs besoins - en tout cas, plus que "normalement"). Si le frigo ne fait pas assez de froid, c'est soit un problème de détente, soit un problème de compression.

Quelle est alors la réponse de Keynes ? Lui pensait que les crises venaient principalement d'une faiblesse de la demande. Pour filer notre analogie, le cycle ne se fait plus aussi bien car il n'y a plus assez d'énergie dans le système. Il faut donc en "réinjecter". Et il offre un outil pour mesure l'efficacité de cette injection : le multiplicateur keynesien. Si celui-ci est supérieur à 1, on va relancer l'économie. Imaginons un multiplicateur de 1,5. Si on injecte 1 joule dans le système, le cycle va reprendre, regagner en efficacité, de telle sorte que, au final, c'est 1,5 joules de plus qui auront été produits pour refroidir le frigo. Magique. A l'inverse, avec un multiplicateur de 0,5, on injecte de l'énergie qui va s'amenuiser et il faudra sans arrêt en réintroduire.

C'est la même chose avec l'économie. Un multiplicateur supérieur à 1 va permettre, avec 1€ d'argent public, de créer plus d'1€ de richesse et de relancer l'économie et espérer que le mouvement ainsi créé perdure et s'auto-entretienne sans surcroît argent public. Si le multiplicateur est inférieur à 1, l'Etat va s'"épuiser" à remettre de l'argent pour un mouvement qui ne s'auto-entretient pas. Or, il y a plein de raisons qui peuvent faire que le multiplicateur soit inférieur à 1 : l'épargne (on remet de l'argent dans le circuit et il en ressort pour aller sur des comptes d'épargne) ou l'achat de produits importés (la relance en France crée des emplois en Chine). Bref, c'est le fait que le circuit n'est pas "fermé" qui peut faire rater la chose : il y a déperdition d'énergie au cours du cycle.

Il faut noter qu'évaluer le multiplicateur a priori est très compliqué (c'est nettement plus simple a posteriori mais un poil moins utile). Le FMI avait essayé d'évaluer le multiplicateur des politiques d'austérité (opération inverse : que se passe-t-il si on prélève de l'énergie au système ? le cycle va-t-il ralentir ? fortement ?) et l'avait évalué à 0,5, ce qui montrait que l'austérité ne freinait que très peu la croissance. En fait, il est plutôt entre 0,9 et 1,7, ce qui change toute l'analyse. Et oui, l'homme est beaucoup plus difficile à modéliser que les échanges de chaleur et les équations sont donc nettement moins efficaces. Ce qui est une bonne transition pour la suite.

Keynes/Freud : même combat

Bernard Maris a sorti il y a quelques années sur les liens entre Keynes et Freud un livre passionnant. Ces deux-là ne se sont jamais rencontrés mais ils ont été contemporains (Keynes étant postérieur). Réduire Keynes à son multiplicateur est vraiment ne pas lui rendre grâce car c'est loin d'être son plus grand apport même si l'"opérationnalité" de la chose le destinait plus à passer à la postérité. C'est justement dans le lien avec Freud que Keynes a été le plus grand.

Avant Freud, on considérait que l'homme était un être rationnel qui faisait des choix, plus ou moins éclairés, en fonction de ses intérêts (argent, pouvoir, sexe, ...). Si on pouvait lister les intérêts d'un être humain, on pouvait anticiper ses choix. Et s'il ne se conformait pas aux choix qui étaient dans son meilleur intérêt, alors on avait à faire à un fou. Simple mais mauvais reflet de la réalité. Freud a mis au jour l'inconscient, son rôle crucial dans l'explication de certains de nos comportements qui peuvent apparaître comme irrationnels mais sont en fait le produit de la sédimentation qui s'effectue dans notre inconscient.

En économie, selon les "classiques" (d'hier mais aussi d'aujourd'hui), l'homme est mû par le besoin (manger, se loger, se déplacer) et fait des choix "rationnels". Ce qui donnerait en gros ça : je ne change ma voiture que si elle est vraiment bonne pour la casse ou si les réparations coûtent plus cher (sur le moyen terme) que l'achat d'un nouveau véhicule. Je choisis ensuite ma voiture en fonction du kilométrage que je fais, de sa consommation, de la vitesse à laquelle je veux aller (130 ou 150 kmh par exemple), du volume du coffre et des équipements intérieurs. Dans ce monde-là, on voit mal pourquoi il se vendrait des voitures de, mettons, plus de 100 chevaux. Et pourquoi l'industrie allemande vend autant de grosses berlines. Et pourtant, il s'en vend un paquet ! On voit mal aussi pourquoi il faudrait faire autant de pub puisque le consommateur, à la fin, fait un choix "rationnel" (il a juste besoin d'une brochure avec les caractéristiques techniques). Les classiques expliqueront que l'achat d'une grosse berline sportive n'est pas le fait du "désir" mais d'un choix rationnel d'affichage d'un statut social. De l'art de se raccrocher aux branches ...

Pourquoi les classiques tiennent tant à la vision d'un être rationnel ? Certains par idéologie car ils pensent que le "Meilleur des Mondes" est celui où le rationnel règne en maître (moi, ça m'effraie plutôt, chacun son fantasme). Mais aussi parce que mettre en équation l'irrationnel, ça ne marche pas. Or, les économistes adorent créer des théories, des équilibres, des équations avec 40 pages d'intégrales. Ca peut même leur rapporter un prix Nobel (enfin l'équivalent). Evidemment, ça suscite la déception du public qui se rend compte que ces belles théories arrivent à prévenir l'avenir avec une précision à peu près équivalente à celle de la météo à 3 mois ...

Toutes ces belles théories sont-elles dès lors inutiles ? Pas complètement si on les prend pour ce qu'elles sont. Mais si on attend un résultat précis alors que les hypothèses ont tellement été simplifiées, on est forcément déçu. Les économistes vont devoir, comme l'explique bien André Orléan, renoncer à leurs visées Prométhéennes. L'Homme est difficile à mettre en équation et tant mieux (le jour où on y arriverait, je ne suis pas sûr d'avoir envie de vivre dans ce monde-là), du coup, l'économie est forcément une science "molle" (par opposition aux science dures), plus proche de la sociologie que de la physique. Et ne peut guère éditer des "petits guides pratiques à l'usage des gouvernants". La politique a donc toute sa place, l'économie permettant "seulement", comme l'Histoire, de tirer des leçons du passé et d'essayer de ne pas commettre plusieurs fois les mêmes erreurs. C'est déjà pas mal !

vendredi 25 janvier 2013

Echapper au déclin : les illusionnistes

Après une fin d'année 2012 où j'avais laissé la frustration et l'indignation me gagner, retour à une analyse économique plus froide et posée en ce début d'année 2013. J'ai donc décidé de faire mon propre état des lieux de la situation économique 2013. Jean Bourdariat et Elodie Brun ont travaillé sur la matière brute que j'ai livré, l'ont polie, vérifiée, enrichie afin de la publier par épisodes sur leur site Humandee. Qu'ils soient ici remerciés pour la qualité du travail qu'ils ont fourni et pour la plus-value apportée à mon travail. La première partie se bornait à un simple constat avec l'ambition d'une certaine amplitude dans les sujets balayés et une volonté de vulgarisation. Cette fois-ci, je passe en revue les tentations malheureusement bien présentes de chercher des solutions simples ou simplistes, instrumentalisées par des vendeurs de rêves. Ainsi que l'éternelle tentation du retour vers le passé au moment où il faut faire le deuil d'une certaine forme de société ...

Peut-on effacer trente ou quarante ans d’accumulations de dette publique, et si oui comment ? Effacer, sans doute pas, mais des pays, peu nombreux, sont parvenus diminuer significativement la dette dans des délais relativement courts, plus courts en tous cas qu’une génération, comme la Suède et le Canada
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Au milieu des années 1990 la dette publique suédoise approchait 80% du PIB. Elle a fortement diminué ensuite, et se situe en 2010 à moins de 40%. La dette publique du Canada est quant à elle redescendue de d’environ 60% du PIB à moins de 30%, avant de remonter un peu à partir de 2008. Ces deux pays sont parvenus à ce résultat en menant des politiques économiques vigoureuses, qui ont été au final acceptées par leur opinion publique. La Suède a totalement refondé son système de pensions avec la mise en place d’une retraite notionnelle (« à points ») sous l’égide d’un régime unique, garant d’une meilleure transparence (information annuelle claire via une lettre orange reçue par tous les bénéficiaires) et d’une meilleure cohésion entre les citoyens. Un bémol toutefois sur ces exemples : le Canada et la Suède ont bénéficié d’une conjoncture mondiale favorable pour se réformer (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui) et ont usé (notamment le Canada) du taux de change de leur monnaie (c’est impossible au sein de la zone euro et difficile pour l’euro vis-à-vis des autres monnaies).
En France, le débat semble tourner autour de solutions dont leurs défenseurs savent au fond d’eux-mêmes qu’elles ne marchent pas, ou font preuve d’un aveuglement idéologique. Commençons par examiner les arguments des illusionnistes. Nous verrons ensuite les options plus réalistes.

Les illusionnistes.

- Les tenants du serrage de ceinture : le peuple en a bien profité, on a trop accordé de droits, de vacances, de salaires élevés, serrons-nous la ceinture, tout ira mieux. Cette solution est notamment prônée par les conservateurs, par les Allemands (pour des raisons que nous verrons) et par une majorité de dirigeants économiques français .
- Les tenants de la relance keynésienne : je cite Keynes à contrecoeur car la pensée de cet immense économiste ne peut être réduite au « multiplicateur keynésien » invoqué ici et là, en oubliant au passage les conditions de son bon fonctionnement. Ses apôtres militent pour une p

mercredi 23 janvier 2013

Monographie d'un single : REM - "Try not to breathe"


REM - Try not to breathe (1992)

http://www.youtube.com/watch?v=_jpptsy2qbU

Try not to breathe”, c’est la tombe de mon grand-père. La vraie est en marbre, coincée dans un cimetière entre un Ibis, un Jardiland et une voie ferrée. J’étais très proche de mon grand-père et quand ma mère me demande pourquoi je ne vais jamais sur sa tombe, je lui réponds que celle-ci n’évoque rien pour moi, que si je veux convoquer son souvenir, je n’ai qu’à écouter cette chanson et, dès les premières notes, son sourire apparaît. Il y a bien sûr une question temporelle puisque je découvrais cet album quand le cancer qui devait l’emporter quelques mois plus tard a été diagnostiqué. Mais il y a aussi une proximité troublante dans les paroles. « I will try not to breathe. This decision is mine.  I have lived a full life.  And these are the eyes that I want you to remember”. Ma grand-mère était morte depuis 2 ans et ils avaient vécu ensemble pendant 45 ans. Il avait perdu le désir de vivre. “I will try not to burden you. I can hold these inside. I will hold my breath.  Until all these shivers subside, just look in my eyes”. Oui, mon grand-père est parti silencieusement, sans se plaindre. « I will try not to worry you. I have seen things that you will never see”. Oui, il avait vu des choses que j’espère ne jamais voir et qu’il gardait pour lui : 2 ans de « drôle de guerre » et 5 ans prisonnier en Allemagne. Je redoutais son jugement quand j’ai été exempté de service militaire. Mais il m’a juste dit qu’il avait fait assez d’armée pour plusieurs générations.

Un grand nombre de chansons de REM parlent à mon âme, comme celle-là. La formule est un peu grandiloquente mais résume bien la chose. Quelle communauté d’âme entre Michael Stipe, le fils de militaire balladé dans tous les Etats-Unis au gré des affectations de son père et découvrant son homosexualité et moi, hétéro, fils de la classe moyenne française, ayant grandi dans la même maison jusqu’à 18 ans ? Il y a une fêlure, un doute, une incertitude permanente qui traverse nombre de chansons de REM et qui rejoint mes propres doutes, fêlures, incertitudes. « Nightswimming », toute de sobriété voix/piano, magnifiant un moment suspendu entre nuit et jour, entre enfance et âge adulte. « Daysleeper », la vie d’un homme qui travaille en horaires décalés et est le témoin lointain des tumultes du monde. « Disappear », une chanson un peu cryptique sur la quête du sens de la vie. « Supernatural Superserious », plus récente et plus rock, est une évocation plus nette de l’homosexualité de Stipe et des difficultés rencontrées par celui-ci à l’adolescence à la découverte de celle-ci.

Et pourtant, comme tant d’autres groupes, REM a connu la notoriété sur un malentendu. L’air entêtant et faussement joyeux de « Shiny Happy People », inspirée par le massacre de Tien-An-men, prise par la majorité des gens au premier degré et que n’aime pas son auteur. « Losing my religion » : Là encore, aidé par le clip vidéo, beaucoup de gens ont pensé qu’il s’agissait de foi en Dieu alors que l’expression veut dire, dans le Sud des Etats-Unis, « perdre son calme ». Et que la chanson parlait d’un amour non réciproque et que Stipe compare à « Every breath you take » de Police. 

La plupart des grands groupes ou auteurs sont connus pour de mauvaises raisons. Bruce Springsteen est là pour en témoigner avec « Born in the USA ». Peu importe, au fond. L’essentiel est que chacun y trouve ce qu’il veut y trouver, que les chansons fassent écho à nos sentiments. Le style éminemment poétique de Michael Stipe, les thématiques qu’il aborde, me parlent, par-delà le style musical qui, lui, varie. Et c’est tout ce qui compte.

mardi 22 janvier 2013

Monographie d'un single : Pink Floyd - High Hopes (1994)


Pink Floyd – High Hopes (1994)



High Hopes”, c’est tout sauf une chanson pour teenagers. Quand elle est sortie, j’avais 22 ans et je suis passé à côté. J’en ai 40 aujourd’hui et elle figure à mon Panthéon personnel. Elle parle de remords, de regrets, du temps qui passe et de ce que l’on en a fait, du désir, de l’ambition, de leur réalisation ou, au contraire, de la frustration qui grandit en nous. Non, décidément, pas une chanson pour les « 20 something ».

La chanson fait en permanence référence à un passé mythifié (« The grass was greaner (…) The nights of wonder ») qui est celui de la jeunesse de l’auteur (« the place we lived when we were young »). L’ambition de la chanson est assez simple à décrypter “the ringing of the division bell had begun”. La « division bell », qui donne son nom à l’album, est la cloche du Parlement Anglais qui signale aux membres de celui-ci qu’ils vont devoir choisir leur camp en vue d’un vote. Il s’agit donc d’un inventaire de vie, plus ou moins à mi-parcours, où se lit le regret voire le remord (« Steps taken forwards but sleepwalking back again. Dragged by the force of some inner tide »), une faim inassouvie malgré la gloire et les succès (« Encumbered forever by desire and ambition There's a hunger still unsatisfied”) mais aussi un début de renoncement, annonciateur d’une forme de sagesse (“The water flowing. The endless river. Forever and ever »)

Un autre fait transparaît clairement dans cette chanson : Pink Floyd et notamment Roger Waters, ne s’est jamais remis du départ de son premier leader, Syd Barrett, en 1972. Celui-ci a été mis dehors par les autres membres car il s’enfonçait (plus que les autres) dans le LSD. Entre 1975 et 2006, Barrett a vécu retiré du monde avant de mourir à 60 ans d’un cancer du pancréas. Visiblement, Waters vit avec le regret et la culpabilité liés au destin de Barrett même si la décision qu’il a prise était apparemment la bonne. Il exprimait ce sentiment dès 1975 dans « Wish you were here ». A la fin du clip de « High Hopes », on voit une statue monumentale du buste de Syd Barrett. Culpabilité et regret éternels.

L’autre fait marquant, c’est la langue. Roger Waters a rencontré Syd Barrett au lycée de Cambridge. Tous les membres du groupe sont des enfants de la classe moyenne anglaise (le père de Gilmour était par exemple maître de conférences à Cambridge). Et ils n’ont jamais vraiment renié leur lien à certains attributs du Royaume. Certes, leurs penchants psychédéliques ne les inclinaient pas non plus à une dévotion exagérée envers la Reine Mère mais les paroles de « High Hopes » montrent leur attachement à la langue anglaise. Les mots sont ciselés dans un anglais très « Oxford » et les références sont érudites (la Division Bell).
Je n’ai jamais vraiment aimé le Floyd, j’ai évidemment écouté The Wall et Money comme les autres gens de ma génération mais la forme ne me plaisait guère et le fond ma paraissait par trop convenu. Les chansons planantes ne sont pas trop mon truc non plus, à part peut-être « Learning to fly ». Reste cette veine issue de la rupture avec Barrett, les regrets et interrogations de ces sexas. 

lundi 21 janvier 2013

Début 2013: carte postale du front économique [Echapper au déclin]


Je surfais fin 2012 en une période d'énergie vibrante, de rage et d'écume. J'avais basculé (le mot n'est pas de moi, mais d'un détracteur) dans un "romantisme de la vertu".
Période exaltante mais exagérée qui m'a vu commettre par exemple cette diatribe comme les PDG du CAC40 et Guislaine Ottheimer. Certes je pense toujours que les salaires de certains patrons sont indécents et indus et que le journalisme économique servile que pratique la red'chef de Challenges est désolant. Plusieurs "fidèles", ayant suivi l'aventure Libé, me l'ont dit, gentil mais fermement : j'avais quelque peu "perdu ma voie". Certes, cette liberté de ton, cette indignation libérée était jouissive mais stérile. Pour être plus efficace, je devais revenir à plus de raison et d'épure. Ils avaient raison, bien sur. L'indignation, c'est sympa mais ça ne fait guère avancer. J'ai "rencontré" Jean Bourdariat au détour d'un forum. Comme nous échangions des arguments, il m'a proposé de les développer plus longuement pour son site, Humandee. Avant que je m'en rende compte, le texte faisait 10 pages A4 mais un peu en vrac. Jean a fait un travail remarquable, avec Elodie Brun, de remise en forme, de prise d'angle sur mon texte et le publie sur son site en plusieurs épisodes sous le titre "Echapper au déclin ?". Article, épisodes, titre très sérieux, tout cela fait un peu pompeux. Après l'écume stérile, la vague bien ordonnée, peut-être un peu trop. Qui suis-je pour dresser un état macroéconomique de la France (1ère partie) et pour dresser quelques solutions possibles (la suite) ? Personne mais pourquoi pas ? On ne pourra me faire le reproche (fondé) de céder à une impulsivité mal placée. Voici un petit "teaser" du texte. Pour la suite, il faudra aller sur Humandee !

 1. Dette publique, déficit, emprunt, ce qu’il faut savoir.

par Nicolas Quint
dimanche 20 janvier 2013
Dette, déficit, chômage, austérité, compétitivité, croissance, ces mots irriguent les discours et les déclarations des politiques, des journalistes et des experts de toutes disciplines, dans la plupart des pays industrialisés. En France, les idées toutes faites, les contre-sens, les stéréotypes, l’idéologie ne permettent pas de réaliser un consensus, de parvenir à un constat partagé sur la situation économique et sociale, sur ses causes, et encore moins sur les remèdes, malgré des progrès, comme le montre l’issue plutôt positive des discussions qui viennent de se tenir entre les partenaires sociaux,. Quelle est la situation ? Quelles en sont les causes ? Quelles solutions sont proposées ? Dans cette série d’articles sur la situation française, Nicolas Quint pointe les vérités que tout non spécialiste de bonne foi reconnaîtra. L’auteur se détourne des discussions théoriques ou idéologiques et apporte au lecteur le jugement d’un acteur de terrain et son talent de débatteur.

La fabrication de la dette

Le PIB (produit intérieur brut) de la France est de l’ordre de 2.000 milliards d’euros (Mds€) pour une année [1]. La dette publique atteint 90% du PIB soit 1.800 Mds€. Le gouvernement s’est engagé à ce que le déficit public ne dépasse pas 3% en 2013, soit 60 Mds€, contre environ 90 Mds€ en 2012. Le déficit était de 115 Mds€ en 2011, et 140 Mds€ en 2009 et 2010. Une partie de ce déficit est dû au remboursement des intérêts de la dette soit 45 à 50 Mds€/an. Il ne s’agit que des intérêts puisque le principal n’est pas remboursé (il faudrait pour cela que le budget de l’Etat soit en excédent, ce qui n’est pas arrivé depuis plus de trente ans. Les administrations publiques versent ainsi 2,8% d’intérêts sur la dette chaque année. Même si le gouvernement cessait de payer les intérêts de la dette, le budget public resterait en déficit.
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Toutes les statistiques comparent la dette au PIB : mesurer la dette en pourcentage du PIB a un sens pour comparer la dette relative entre pl.. la suite sur Humandee.

I've been high
I've climbed so high
The light, sometimes it washes over me.

Have you been?
Have done will travel
I fell down on me knees

Was I wrong?
I don't know, don't answer.
I just needed to believe.
REM "I've been high"